Buenos Aires n’a pas offert au Bénin le résultat face à l’Argentine. Il lui a offert, selon Roger Janvier Enama, une vitrine. Au lendemain de la défaite 3-0 des Guépards face à l’Argentine au stade Monumental, pour les adieux de Lionel Messi, Roger Janvier Enama, entraîneur de football, président de Bénin Foot Academy et consultant sportif, livre au micro de 229foot une lecture en deux temps. Une première mi-temps qu’il place très haut, une seconde qu’il dit encore « à travers la gorge », et un chantier offensif qu’il juge désormais prioritaire.
Roger Janvier Enama situe d’abord la soirée. Dernière de Messi avec l’Albiceleste, capitaine « qu’on ne présente plus ». Face à cette Argentine double championne du monde, il décrit des Guépards « très dangereux, très entrepreneurs, très inspirés et ingénieux, très disciplinés tactiquement ».
Le constat qu’il en tire dépasse le score :
Cette équipe du Bénin a démontré sincèrement une très grande valeur en démontrant aux yeux du monde, une fois de plus, que nous n’avons plus peur d’aucune nation.
Il relie cette assurance au travail mené au Bénin et aux moyens mis par les pouvoirs publics :
Aujourd’hui, nous sommes en train de récolter les fruits de tout ce travail qui s’est fait en amont.
Sur la première mi-temps, le consultant est direct. Il salue Gernot Rohr :
En première mi-temps, il a fait un travail très excellent.
Au point, dit-il, qu’on peinait à distinguer :
Quelle est l’équipe qui a deux Coupes du monde, quelle est l’équipe qui a à son sein le meilleur joueur du monde. Les Guépards attaquaient en attaque placée et en attaque rapide.
En situation de perte de balle :
Cadrage immédiat du porteur et du non-porteur. Dès que l’Argentine franchissait la médiane, le bloc descendait pour fermer les lignes de passe. Et quand Messi recevait à l’entrée des 16 mètres, deux ou trois joueurs montaient automatiquement sur le porteur de balle.
Enama chiffre la récupération en première mi-temps des Guépards du Bénin : « 9 et demi sur 10 », cadrages : « 10 sur 10 », avant d’ajouter :
Les adversaires étaient visés et cadrés automatiquement, on les empêchait d’avoir les angles de frappe et de transmission.
Le déficit, selon lui, n’est pas venu de l’organisation, mais de la dernière action. Contres et attaques rapides ont buté sur « certains mauvais choix » tels que les transmissions, la dernière passe, la frappe, le choix du meilleur partenaire. D’où une note globale de 9,5/10 pour les 45 premières minutes :
Sinon, ça devrait être du 10, mais nous n’avons pas eu cette opportunité de pouvoir marquer ce but à cause des mauvais choix de nos attaquants.
Roger Janvier Enama retient malgré tout a motivation, la détermination, le jeu sans complexe, la prise d’initiative et de créativité du 11 de départ. La rupture, il la date dès la reprise. Corner de Messi, but d’Otamendi à la 48e. Pour Enama, un corner de Messi n’est pas un corner :
C’est des passes décisives. Le marquage aurait dû être strict, un contre un à l’entrée et dans la surface, avec anticipation sur la trajectoire du centre. Malheureusement, nos joueurs ont péché par un laxisme, et nous avons laissé ces garçons venir marquer ce but dès la deuxième minute de l’entame de la deuxième période. À partir de là, la structure tactique de notre équipe a commencé à exploser tout doucement. Les principes de base de la première mi-temps : récupération, cadrage, bloc, se sont dilués. Derrière, deux autres buts ont suivi : Nico Paz à la 61e minute, encore servi par Messi, puis le penalty transformé par le capitaine argentin à la 71e minute (3-0). Une copie où on a perdu la lucidité tactique .
Le bilan que le président de Bénin Foot Academy assume est pourtant celui de la résistance :
Je ne voulais pas vous rappeler des nations qui ont pris les 4-0, les 7-0 contre cette équipe d’Argentine, mais nous, nous avons résisté pendant près de 47 minutes sans prendre de but. Et nous avons eu le plus grand nombre d’occasions en première mi-temps que l’Argentine. La seconde période a fait perdre la suite tactique.
Elle n’efface pas, aux yeux de Roger Janvier, le message envoyé :
Toutes les nations comprennent que le Bénin n’est plus une petite nation en matière de football. Nous avons une équipe capable de faire face à toutes les grandes nations dans le monde.
Enama veut que le staff technique insiste sur le travail offensif :
Le chantier est ouvert surtout du côté offensif. Faire sincèrement un travail très pointu du côté offensif, mettre un accent là-dessus. […] le côté offensif ne nous permet pas de récolter tous les fruits nécessaires que nous devions naturellement récolter.
Il boucle son analyse sur la fierté :
Fier de la sélection, de Rohr, du staff, de la Fédération, du ministère des Sports, des journalistes, de tout ce travail qui s’abat depuis des années derrière notre football. Le match a été vendu de façon très bonne et le monde a découvert une autre facette de notre pays. Continuons dans cette lancée. » Puis : « Félicitations à tous et bonne continuation.




